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Inside & Somewhere Else

Blog artistique

Danse/Performance

L'impossible "Je"

nelson mederik

Ceci est l'article que je n'écrirai pas. 

Parce que c'est plus grand que moi, parce que la réception que j'en ai eu est biaisée, parce que je suis moi, parce que ça m'a touché, m'a ému, m'a secoué...et que les mots nécessaires pour dresser un portrait exacte de cet état émotionnel dans lequel Silvia Calderoni m'a transporté...je ne les connais pas. 

 

Thématiques

Les perceptions normatives, les constructions de genre, ne pas accepter le rôle imposé par l’extérieur, la liberté, les structures patriarcales et religieuses...mais tellement plus que ça..Elle nous offre son intérieur/extérieur avec une telle honnêteté, vulnérabilité, candeur...rage !!! 

 

"Pour moi, je trouve que la performance est la meilleures façon

de communiquer avec les autres". 

 

"Je ne veux pas être la voix de la communauté LGBTI.

Je peux seulement parler de moi".

Silvia Calderoni

                                                                                                                               Photo Tonis Lewis

                                                                                                                              Photo Tonis Lewis

 Matériel 

La scénographie ultra testée, éprouvée, réglée au quart de tour, réfléchie, nous accueille avec cette longue table-atelier sur laquelle sont posé, en attente d'utilisation, accessoires, barbes, caméra-témoin, perruques, vêtements, valise, laser, spray net, soutien-gorge, lampe disco, micro et naturellement, le kit de DJ, car c'et bien un set de DJ la prémice de la performance!

 

Elle nous balance ceci à la gueule, en ouverture, où elle attrape cette caméra-témoin avec qui elle danse pour nous, comme on le ferait dans notre chambre. Plus loin, elle vit ces moments en famille, par ces extraits de films maison, où l 'on constate que ce corps androgyne qui performe devant nous, existait depuis le tout début. Début des questionnements, des remises en questions, des grandes questions, des comparaisons...

Ce moment d'adolescence, période intense mais qui peut sembler détachée, où elle dit à sa mère qui la filme : Quand je mourrai, faites jouer The Smiths. C'est tout ce que je veux.

 

                                                                                                                           Source la Mama blog

                                                                                                                          Source la Mama blog

Narration, voyage vers un intérieur double, ni un ni l'autre.

Plus tard, elle mit en images percutantes ce déchirement du genre, le laser tranchant son vagin. Elle, alternant entre les deux cotés délimités dans cet espace luminescent. Caledroni ouvre ce monologue, par étapes de vie, avec sa voix affirmée, ni homme, ni femme et pourtant les deux. 

Entrecoupés de performances, de chansons, de changements de costumes, de lectures de maifestos totaux et entiers, elle arrive à nous transmettre par ces courts récits, ces brisures, ces moments où devenue rat de laboratoire (le monde médical d'il y a 30 ans !) tentant de la guérir (!!!). Elle se transforme par ce corps nu et nous confond par ses poses...homme ou femme...Mais qui en a quelque chose à foutre ?!! Le récit est vital, senti, incarné, essentiel, salutaire...


Je ne trouve pas les mots justes et suffisants pour décrire ce qu'elle a déposé en moi hier soir...

 

Née féminin, vécu une période masculin (parce que ce sont les deux genres mis en dualité dans le spectacle), revenant à la maison dans une famille réservée, conservatrice, avec ce frère heureux de cette métamorphose, avec son père qui se contenta de demander: "Ca n'aurait pas été plus simple de rester comme avant ?" et de répondre... "J'ai toujours été comme ça".

Puis s'en suis ce moment familial de retrouvailles, où elle, jeune ado, danse avec ce père aimant, tentant de comprendre, de se mettre à niveau, de briser ses propres barrières et tant d'amour transparait. Moment culminant qui a fait bondir la salle, émue, quelques-uns en larmes, demandant à Calderoni de venir recevoir cette grande vague...

Et cette chanson, pendant les longues minutes de standing ovation...

Motus fut fondée en 1991 en Italie par deux étudiants de sociologie. Ils désirent aborder toutes les contradictions du monde contemporain et depuis, ils accumulent les reconnaissances nationales et internationales. Ils ont été invité par l'Usine C en 2005, 2006, 2009 et étaient de la programmation FTA en 2012 et 2013. 

Silvia Calderoni, actrice, danseuse et artiste Italienne, elle travaille avec Motus depuis 2005. Elle dit préférer la danse au théâtre, n'aimant pas s'adresser au public. Je suis reconnaissante qu'elle l'ait fait hier soir. Pour l'impression de déjà vu, elle était de la distribution du film La légende de Kaspar Hauser en 2013. Tempête puissante, elle ne laissera personne intact. 

Librement inspirée de la nouvelle Middle Sex,  ils ont réussit à brouiller les limites entre le réel et la fiction tout comme cette grande artiste désir brouiller ces mêmes frontières des genres. 

L'impossible nous, l'impossible je. 

                                   Source Carriageworks

                                  Source Carriageworks

Ce spectacle ne vivra que 7 représentaitons mondialement et il est de loin le plus rafiné, rodé et aboutit que j'ai pu voir dans les dernières années ! Il vous reste une chance de l'attraper ce soir ! 

J'ai reçu ses questionnements et grandes étapes de transformation de façon si évidente et naturelle, je n'arrive toujours pas à saisir qu'il n'en fut pas ainsi depuis toujours et que ce ne soit pas encore le cas aujourd'hui en 2017. 

Ceci est l'article que je n'écrirai pas, les mots amplis, totaux, globaux, neutres et signifiants requis je ne les connais pas. 

Audrey Desrosiers